Chroniques sur la Côte-Nord 1

Par Vincent Fugère

 

Je n’avais pas encore trop compris le tournant que ma prochaine année allait prendre quand je goûtais à des bières étranges, dans un resto fermé de Québec en compagnie de gens qui sauront m’inspirer tout au long des prochains mois. À ce moment là, des bières de microbrasserie, pour moi, correspondaient plutôt à des bières bien sucrées ou de la stout irlandaise. Mais ces bières-ci étaient loins de celles dans les présentoirs des nombreux ‘dep-du-coin’ qui pullulaient les quartiers d’appartements du sud-ouest de Montréal. Mes hôtes sortaient des bières un peu comme des lingots d’or : chaques fois que leurs mains éruptaient des boîtes de ‘goodies’ qu’ils avaient amené, il y avait une lueur peu perceptible qui rougeoyait leurs yeux. J’ai découvers les berliner weisse, les grisettes et les lambics, entre autres, mais surtout découvert la valeur d’un produit artisanal, non seulement en terme de qualité, mais d’impact positif sur sa région et sur sa culture.

Ce que j’ai compris, un peu cette fin de semaine là, et de plus en plus au courrant de l’été, c’est qu’il y un mérite, qui à lui-même sert presque de capital, dans la création et la confection de produits locaux. Si les consommateurs avertis chérissaient ces produits, qui, souvent sont rares, c’est parce que les fondateurs de ces brasseries les créaient pour la consommation locale avec des produits locaux. C’est souvent tellement local, que les bactéries utilisées pour certaines fermentations n’existent que dans l’endroit où telle ou telle bière est brassée. Cette nouvelle forme de richesse, ou plutôt, si nous sommes objectifs, vieille forme de richesse, s’incruste tranquillement dans nos moeurs de consommation : à l’épicerie, dans la vente aux détails, les restaurants que nous choisissons et la culture que l’on consomme. Le soucis de l’impact qu’on peut avoir dans nos communautés, à petite et à grande échelle, n’est ni moderne, ni nouvelle vague mais bien un retour traditionaliste à nos racines.  

C’est la tête pleine de mysticisme par rapport aux labeurs de ces brasseurs, cuisiniers et agriculteurs des régions rurales du monde que, quelques semaines après, je me rendais à Sept-îles pour épauler La Mouche dans la présentation de son plan aux acteurs régionaux de la côte-nord.
J’adore conduire à travers le Charlevoix, il y a quelque chose d’un peu douillet à se promener de valon à vallée, de fermette à pâté de maison. Après les quelques voyages sur la côte-nord, cette région est toujours un signe d’excitation : c’est à partir d’ici que la 138 débutent et de ce fait, le ‘ vrai trip’ et c’est rendu ici, au retour, qu’on se sent près de chez soi.

C’est presque toujours à Baie Saint-Paul que je fais mon premier plein et j’en profite toujours pour aller magasiner mes ‘cochonneries’ de route Chez Bocaux. Je conseil fortement le gingembre sucré pour ceux qui font la longue route, ça donne un p’tit kick qui permet de rester concentré sur les lignes jaunes.

Pour ceux qui tenteront le chemin vers Natash en deux coups, Tadoussac demeure un arrêt incontournable. Voyager seul sur la 138, c’est une expérience en soi, mais c’est toujours l’auberge de jeunesse qui, pour moi, est un point central pour vivre des trucs spéciaux. Confortable, des fois, comme l’hiver quand l’auberge est silencieuse et pas trop elle-même. L’hiver, justement, le village hiberne, mais on peut toujours compter sur la rotisserie Chantmartin pour manger une poutine ou un autre classique de diner américain. C’est là que j’ai croisé ce qui deviendront des amis, pour la première fois. La seconde étant autour d’une bière locale au bar de l’auberge, sous fond de joute de poker avec des personnages que je reverrai chaques fois que je séjournerai là bas.

Si traverser le Charlevoix me fait sentir à la maison, les routes sinueuses de la côte-nord, elles, me déboussolent et m’envoutent. Voir le fleuve devenir la mer, entre Baie-comeau et Sept-Îles, tandis que le golf tranquillement englouti les rives rocheuses pour les remplacer par des dunes de sable est une transformation qui, par osmose, me donne toujours un bon moment de réflexion, un peu comme si je transformais à mon tour mes rocailles pour des plages paisibles.  

C’est un peu le mood conseillé, au Tangon, l’auberge de jeunesse à Sept-îles. Même si mes talents sont bien piètres aux côtés de ceux de Sébastien Lecuyer, celui qui servira au Edgar, le lendemain, des bouchées pour la présentation de La Mouche, je me suis plu à m’immiscer à travers les voyageurs, les étudiants et les travailleurs dans la cuisine partagée pour faire un risotto champignons et asperges à mon ami et président de La Mouche, Gabriel Turner, qui fignolait les finalités de sa présentation.

Le deuxième étage du Edgar donne sur une vue de la baie de Sept-îles. Celle-ci reflète chaque rayon d’après-midi directement aux travers des grandes fenêtres et l’intérieur de là où on préparait la première présentation du projet de La Mouche était devenu comme monochromatique ou sepia, comme une vieille photo.

De nombreux gens seront passé goûter aux accords bouchées-bières de Sébastien Lécuyer et La Mouche. Si je commence à louanger Lecuyer, qui préfère se défaire des titres et seulement se définir comme cuisinier, je prendrais trop de temps et vous me trouverez trop intense. J’vais juste laisser ça ici.

Sept-Îles, c’était le début de plusieurs aventures pour moi : découvrir la Côte-Nord, travailler avec La Mouche et devenir amateur de bière.

Plusieurs dégustations dégustées plus tard, en marchant du Edgar à la Petite Grenouille, j’apprendrai que le Caplan, un poisson local, une fois par année, aime bien s’échouer dans les filets des pêcheurs. Un an après, j’y vois là une métaphore, mais ça c’est une autre histoire.